Nous sommes des gosses de la rue.
Voyons la vie comme elle est.
Je vois des enfants dans les rues qui vendent des bonbons,
des gateaux salés, des citrons, du poisson,
qui lavent des voitures et même volent pour survivre.
La nuit, ils n’ont pas de lieu pour dormir, pas de nourriture
et surtout pas de paix.
Comme ces enfants, je suis moi aussi à la recherche d’un toit,
de nourriture, de travail et surtout de paix.
Pour en arriver où j’en suis, j’ai vécu beaucoup de choses :
j’ai menti, j’ai volé, mais après j’ai rendu tout ce que j’avais pris.
J’ai rendu car j'en avais assez de vivre avec des choses
qui appartenaient aux autres, de ne pas avoir des choses à moi.
J’en avais assez de voir tant de misère,
tant de manque de bonne volonté chez l’être humain, tant d’injustices.
Ça me répugnait de voir dans les bars des gens
qui laissent de la nourriture dans leur assiette "par bonne éducation".
Et "par éducation" laissent les autres avoir faim,
car ça aurait été beaucoup leur demander de nous payer un plat.
Nous les regardions rire en mangeant, et quand nous nous approchions,
ils s’arrêtaient de manger, et parfois nous donnaient des restes.
Mais chacun son tour : maintenant nous pouvons manger et sourire,
peut-être pas autant que les autres, mais le pire est passé
et nous ne voulons pas retourner en arrière.
Maintenant nous voulons étudier, être quelqu’un dans la vie,
avoir notre toit, une famille, être acceptés dans la communauté,
comme des personnes, des citoyens dignes,
avec le droit de s’exprimer, le droit d’élire le président.
Ce pays est aussi le nôtre,
nous sommes les enfants des rues, nous en sommes fiers,
nous survivons dans ce monde cruel et misérable.
Si mon pays ne peut m’aider, je continuerai à exister.
Jorran
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