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LE TRAVAIL DES ENFANTS

Bulletin n°16 - mars 2003

La plupart des associations faisant partie du REPER ( Qu'est-ce que c'est ?) se sont trouvé confrontées à toutes sortes de situations liées à la question du travail des enfants des rues. À la lecture de leurs lettres ou comptes-rendus, un certain nombre de questions sont apparues dont nous avons tenté de dresser la problématique. Comment ont-elles réagi à certains problèmes? Quelles expériences ont été tentées ? Quels en ont été les résultats ? La réussite, pour combien de temps ? Grâce à qui ou à quoi ? L’échec ou l’insatisfaction à cause de qui ou de quoi ? Mais avant de les évoquer, les positions fondamentales vis-à-vis du travail de l'enfant doivent être rappelées afin de clarifier les points de vue.

* Des points de vue différents
* L'importance du travail pour les enfants des rues
* Les étapes à franchir
* Extraits de "Leur vie dans la ville : les enfants qui travaillent dans les rues"
* Autres extraits des bulletins et témoignages des membres du REPER


Des points de vue différents

Le travail des enfants est considéré de différentes façons selon les cultures et les traditions des pays. En Occident, on pense que la pauvreté est à la fois la conséquence et la cause du travail des enfants. Une famille pauvre n’a pas les moyens d’envoyer ses enfants à l’école pour qu’ils y reçoivent une formation de qualité. Obligés de travailler pour survivre, la pauvreté les maintient dans l’ignorance. Du coup leur avenir est compromis, c’est un cercle vicieux.

Du point de vue de la culture occidentale, le travail des enfants est perçu comme une fatalité dramatique. Il ne faut pas oublier que la première législation internationale réclamant l’abolition du travail infantile n’a guère plus de 20 ans d’âge. Elle est très marquée par la culpabilité des sociétés occidentales qui ont employé des milliers d’enfants dans les mines ou dans les usines lors de l’essor industriel du XIXème siècle. Les enfants qui travaillent sont, en Occident, des objets de compassion.

Cependant, dans d’autres parties défavorisées du monde, on fait une analyse différente du travail des enfants. Par exemple, lors d’une interview, un adolescent de Cusco déclare : "Nous travaillons dès l’enfance, pour apprendre quelque chose, apprendre une certaine expérience de la vie, apprendre l’ordre, apprendre à travailler, apprendre à juger, ..." De plus, la plupart des observateurs ont remarqué que les enfants et les adolescents ne font pas qu’assurer leur survie en travaillant mais que tous cherchent, par leur travail, à vivre avec dignité et à démontrer leur utilité sociale.

Ce qui précède ne signifie pas que l’on méconnaisse les risques ou les abus potentiels du travail infantile : horaires insoutenables, charges trop lourdes, rémunération inappropriée, exposition à des risques pour leur santé, etc.. Mais si ces risques sont évités, et il faut y veiller, l'obtention d'un emploi par un enfant peut lui faire acquérir une nouvelle importance et une responsabilité économique dans sa famille et son entourage. Il ne s’agit pas d'en conclure que le travail des enfants est la meilleure des voies pour son développement, mais qu'il y a peut-être une piste d’analyse différente de sa situation.


L'importance du travail
pour les enfants des rues

Le travail est important car :

  • Il assure un revenu permettant de vivre sans mendier, voler, se prostituer ou vendre de la drogue.
  • Il restructure l’enfant de l’intérieur en lui rendant sa dignité.
  • Il valorise l’enfant qui peut, par ses gains, venir en aide à sa famille et du même coup bien souvent la réintégrer.
  • Il favorise sa réinsertion dans la société dont il devient membre actif au lieu de vivre en parasite.

Les étapes à franchir
  • La première étape
    On commence par les petits boulots temporaires et aléatoires, le "pis-aller" qui permet de survivre tant bien que mal.
    Toutefois, ils représentent déjà un mieux pour l’enfant qui en tire un peu d’argent. C’est aussi pour lui un pas en avant vers une adaptation à la société, ne serait-ce qu’au niveau des relations humaines (il y a toujours plus ou moins un patron et des clients à satisfaire).
  • La deuxième étape
    La deuxième étape est celle du choix d’un travail plus stable et plus régulier. Il y a plusieurs sortes de travail :
    - le travail rural (culture maraîchère, élevage de volailles, etc.)
    - le travail artisanal (couturière, menuisier, etc.)
    - les services (vendeur, conducteur de pousse -pousse, porteur, etc.)
    Pour cette deuxième étape, il faut aider l’enfant :
    - pour le choix de son travail en fonction de ses goûts, de ses aptitudes, du marché du travail
    - pour sa formation professionnelle nécessitant parfois un apprentissage
    - pour son insertion professionnelle : trouver un patron, l’aider à démarrer sa propre activité, acheter l’outillage, le soutenir au démarrage
    - pour l’aider à sauvegarder son argent (volé par les autres enfants) et à le gérer pour le protéger de l’exploitation par les adultes ou des enfants plus âgés

Extraits de
"Leur vie dans la ville : les enfants qui travaillent dans les rues"

L'association Qosqo Maki travaille dans les rues de Cusco (Pérou) depuis une quinzaine d’années. Les observations et les études réalisées tout au long de cette période ont donné naissance à un certain nombre de publications. Voici des extraits de l’une d’entre elles, signée par Isabel BAUFUMÉ et publiée en 1998. La problématique des enfants travailleurs y est dépeinte dans son ensemble, que ces enfants soient ou non des enfants des rues.

"(...) Après des années d’accompagnement d’enfants et de jeunes qui travaillent dans les rues, la conclusion à laquelle nous arrivons est que, même si les conditions de travail peuvent être nocives dans certains cas à l’épanouissement d’un enfant, il peut, dans beaucoup d’autres, en tirer des avantages incontestables. Il faut déchiffrer le message des enfants qui travaillent.

Combien y a-t-il d'enfants travailleurs dans les rues ?

(...) D’après le recensement que nous avons effectué, 3 127 mineurs entre 6 et 17 ans travaillent dans les rues de Cusco, ville de 300 000 habitants. Les 4/5ème d’entre eux ont plus de 12 ans, âge légal au Pérou pour travailler. (...) Ils n’ont pas la possibilité de choisir réellement leur activité puisqu’elle dépend du marché et ils font preuve d’une grande flexibilité pour adapter leurs compétences à la demande.
Les filles ne représentent qu’un tiers du total des travailleurs dans les rues, où elles sont d’ailleurs beaucoup moins nombreuses que les garçons sans doute parce que les tâches domestiques doivent les absorber. Elles sont majoritaires dans le secteur du commerce, tout comme les petits, alors que les grands choisissent des activités qui impliquent de la force physique.

Quel est leur temps de travail ?

Le temps de travail dans les rues présente des avantages bien qu’il soit très précaire et que les gains ne sont pas prévisibles. Mais, en général, il offre une grande souplesse d’horaires adaptée aux possibilités de chacun : moins de 6 heures par jour pour les moins de 8 ans, ou uniquement durant le week-end pour 27% des travailleurs qui sont vendeurs sur les marchés. (...) Le travail dans la rue est moins contraignant que celui d’un employé et permet aux enfants de profiter des temps creux pour se distraire. Par exemple, les cireurs de chaussures, présents 12 heures par jour, ne travaillent effectivement que 2 à 3 heures.

Le cas extrême des receveurs des bus présente aussi des avantages qui expliquent pourquoi ils font la queue tous les matins au terminus dans l’espoir d’un désistement. Ils sont le sixième du total des travailleurs mineurs et travaillent effectivement 12 heures par jour, comme le chauffeur. C’est la durée minimum pour que le service soit rentable. (...) Ils sont exploités par la loi de l’offre et de la demande. L’offre, c’est un contrat à la journée, à la semaine ou à la quinzaine, généralement renouvelable si l’enfant est ponctuel. La demande est celle d’un enfant (qui du fait de sa taille peut travailler debout alors qu’un adulte devrait travailler courbé) qui trouve dans ce travail un certain nombre d’avantages : un salaire minimum assuré, éventuellement augmenté d’un pourboire si la journée a été bonne. De plus, il déjeune avec le chauffeur, argument de poids pour un adolescent, et, travaillant en équipe avec lui, il apprend la mécanique et la conduite, atouts d’un futur emploi. Beaucoup d’entre eux, après avoir travaillé tous les jours de la semaine, assistent aux cours de l’école du dimanche car le certificat d’études est indispensable pour obtenir le permis de conduire.

Les jeunes travailleurs vont-ils en classe ?

En ce qui concerne la scolarité, notre étude montre clairement que la prétendue désertion de l’école des enfants qui travaillent n’est qu’un mythe. Seuls 18% des enfants déclarent ne pas étudier (...) et parmi eux se trouve une forte proportion de porteurs, c'est-à-dire des jeunes venus de la campagne, parlant mal l’espagnol (leur langue maternelle est le quechua), dont l’expérience rurale est inutilisable à la ville et le niveau scolaire inférieur à celui des jeunes citadins qui les méprisent. De plus, leurs gains sont trop bas pour leur permettre de couvrir les dépenses liées à une scolarité. (...)

Quelles sont les relations des jeunes travailleurs avec leur famille ?

En ce qui concerne les structures familiales, 88% des jeunes travailleurs vivent dans une structure de type familial, ce qui confirme que le travail des enfants correspond à une stratégie socialement déterminée. (...) Et met en évidence que le concept péruvien de l’enfance est tout à fait différent du concept occidental. (...) Pour la culture andine, le travail est une valeur essentielle. Dans une communauté paysanne, l’unité de production est la famille et non pas les parents. Tous les enfants se voient donc attribuer, dès l’âge de 5 ans, des tâches précises qui évoluent en fonction de leur âge et de leur sexe. Le fait d’être responsable d’une partie de la production familiale confère à l’enfant un sentiment d’appartenance à la communauté (...) et confirme son habileté et son utilité. (...) L’émigration entraîne un effort des familles pour s’adapter à un milieu nouveau, celui de la ville. On attribue alors aux enfants d’autres tâches productrices de revenus qui font qu’ils continuent de jouer un rôle actif au sein de la collectivité. (...) Aucun d’entre eux ne se sentirait à l’aise s’il était oisif parce qu’il perdrait son utilité, la considération sociale, son statut. (...)

Parmi ceux qui ont entre 12 et 14 ans, 9% déclarent vivre sans structure familiale et correspondent au groupe connu comme "enfants des rues". Leur situation est moins préoccupante qu'il n'y paraît à première vue. La plupart sont cireurs de chaussures ou porteurs et déclarent vivre dans un foyer ou une chambre indépendante. Le cas de Cusco est particulier puisqu'il existe deux centres d'hébergement pour les enfants sans domicile fixe, (...) ce qui leur permet d'échapper au cercle vicieux de la marginalité. Ils peuvent donc exercer leur métier de manière indépendante sans être obligatoirement persécutés par la police nationale ou municipale. (...)

En résumé, la question de la nocivité du travail pour le développement des enfants ne peut s'évaluer que si on met en parallèle son aspect positif, dans une logique de bilan entre avantages et inconvénients, succès et échecs. (...) Les exigences du marché obligent les adolescents (receveurs) mais aussi la plupart des travailleurs péruviens à travailler 12 heures par jour pour assurer le lendemain. (...) On peut interdire aux jeunes d'exercer ce métier, ce qui aura pour conséquence de les obliger à trouver des alternatives dans des conditions moins favorables. Il faut plutôt chercher à multiplier les opportunités qu'ils aimeraient rencontrer et donc commencer par les consulter. Ce ne sont pas les mesures coercitives qui garantissent le développement mais celles qui consistent à offrir un éventail plus grand de choix aux jeunes et à tenir compte de leur opinion pour qu'ils aient la liberté de choisir et de mettre en pratique leurs décisions."

   

Qosqo Maki
Calle Fierro 525 Apdo postal 440
Cusco
PÉROU
+ 51 84 23 15 13
+ 51 84 23 15 13
qosqomaki@terra.com.pe
www.qosqomaki.org


Autres extraits des bulletins et
témoignages des membres du REPER

"La Convention des Droits de l'Enfant est très importante et constitue une base intéressante sur laquelle nous pouvons appuyer notre action. Mais elle n'est pas adaptée aux problèmes des enfants en difficultés et/ou travailleurs. Le droit d'avoir une famille est essentiel et nous aidons ces enfants à retourner chez eux quand cela est possible, mais ce n'est pas toujours le cas. Ce que les enfants demandent alors, c'est le droit de vivre libres et heureux dans la rue, d'être protégés non seulement des chefs de bande mais aussi des policiers qui font des rafles, arrêtent les enfants même s'ils n'ont commis aucun délit et ensuite les tabassent fortement dans les commissariats. Bien sûr, il est important de lutter contre le travail des enfants, surtout lorsqu'il s'agit d'une véritable exploitation ou de travaux dangereux. Mais vus les problèmes économiques de la ville, beaucoup d'enfants ont besoin de travailler pour vivre et aussi pour aider leur famille à vivre. De toutes façons, ils ne pourront pas aller à l'école : il n'y a pas un enfant sur deux qui soit scolarisé dans le pays, l'Etat n'en a pas les moyens. Ne vaut-il pas mieux travailler que ne rien faire ? Ce que les enfants réclament, c'est le droit au travail dans des conditions meilleures (une protection suffisante, le respect, des tâches qui ne soient pas trop lourdes, un salaire qui corresponde aux services rendus, ...) et la possibilité d'être formés. Nous travaillons dans ce sens avec les organisations d'une dizaine de pays de l'Afrique de l'Ouest. Nous rencontrons également les autorités pour qu'au niveau législatif, il soit possible pour ces jeunes, de créer des petites unités de production, sans être obligés de subir la législation très lourde et compliquée qui concerne les entreprises."

   

Association Claire Enfance
B.P.2016
Conakry
GUINÉE



Nanban a mis en place en 1996 un programme permettant aux jeunes qui le souhaiteraient de devenir à la fois conducteur (ou conductrice) de rickshaw et propriétaire de son véhicule. Le rickshaw est une sorte de vélo-taxi motorisé. Tout est parti d'une jeune fille, sans doute peu inspirée par les métiers exercés habituellement par les femmes, qui avait déclaré son désir d'exercer cette profession jusqu'alors exclusivement masculine. Nanban l'a aidée à passer son permis de conduire, et a acheté un véhicule qu'elle devait lui rembourser, sans intérêt, en 30 mensualités. De plus, on lui a expliqué que, vis-à-vis des clients, certaines règles de politesse, voire d'amabilité étaient de rigueur, ainsi que le port d'une tenue propre et décente. Elle a été la première conductrice de rickshaw de Maduraï, à la grande fierté de tous, dans l'Inde tout entière informée par les médias de cette grande première. Elle a pu rembourser son véhicule bien avant le terme fixé et a fait des émules parmi les autres jeunes de Nanban : près de 50 jeunes ont suivi son exemple et sillonnent désormais la ville. Plus encore, les rickshaw ayant parfois des pannes, les jeunes bricoleurs de Nanban les ont remis en état, et de fil en aiguille, un véritable atelier de réparations mécaniques a été créé et ouvert au public du voisinage, donnant du travail à toute une équipe de mécaniciens issus de Nanban.

Hélas, nous venons d'apprendre que le programme "Conducteurs de rickshaw" a dû être abandonné en raison des changements survenus dans ce secteur : les autorités ont limité le nombre de rickshaw en ville et exigent des conducteurs un niveau de qualification beaucoup plus élevé, etc.. Nanban renonce donc à poursuivre ce programme et en a viré les fonds disponibles sur le compte de l'atelier. Quelques conducteurs se sont exprimés sur leur expérience : "D'être son propre patron nous a donné le sens des responsabilités.", "Ce boulot nous assure un revenu stable et confortable. Étant propriétaire de notre véhicule, nous en prenons grand soin pour le maintenir en état.", "Nanban a ouvert une nouvelle voie pour le travail des femmes. Ce métier, qui rapporte bien, est beaucoup moins fatigant que de transporter sur sa tête de lourdes charges sur les chantiers de construction. La création d'un atelier avec des prix raisonnables a été d'un grand secours pour nous autres, les filles."

   

Nanban
Maria Complex
Ashok Nagar, III Street
Kochadai
Madurai - 625 016
Tamilnadu
SOUTH INDIA
+ 91 452 2384630 / 2384270 / 2383339
+ 91 452 2384270
james@nanbanindia.org
www.nanbanindia.org



Pourquoi ?

Enfants et travail sont des mots que, généralement, l'on n'aime pas associer. Dans les droits de l'enfant, un de ses principaux droits est celui de ne pas travailler. Cependant, en ce qui concerne le problème spécifique des enfants des rues, le travail peut constituer une forme de réinsertion qu'il ne faut pas négliger pour deux ordres de raisons.
Premièrement, une des difficultés qu'ont certains enfants des rues à rejoindre définitivement des centres d'accueil est liée au fait qu'ils sont habitués à gagner de l'argent (par l'intermédiaire, entre autres, de la mendicité, du vol, de petits boulots ou de la prostitution) et à le gérer.
Deuxièmement, dans la rue, l'enfant a appris à se débrouiller seul, il a en quelque sorte une vie d'adulte et il ne veut généralement pas être refoulé dans une enfance dont il a été chassé. D'où le désir, chez certains d'entre eux, de travailler.

Comment ?

La première chose à préciser est que le travail de l'enfant des rues sous le contrôle d'une ONG ne doit pas constituer, pour l'enfant, une obligation mais un choix parmi d'autres (éducation, formation professionnelle, réinsertion dans une famille, ...). Ce choix doit constituer une demande réelle de l'enfant ou d'un jeune qui est déjà habitué à travailler et à gagner de l'argent dans la rue. Dans notre ONG, Rékebisho, située à Nairobi, nous accueillons des jeunes de la rue de tous âges. Actuellement, nous avons une cinquantaine de jeunes. L'objectif principal de notre action est de permettre à ces jeunes d'être indépendants et de vivre convenablement de façon honnête. Ainsi nous les suivons jusqu'à ce qu'ils soient adultes, qu'ils aient leur propre logement, un emploi et qu'ils aient totalement arrêté de consommer de la drogue ou de l'alcool.

En dehors des autres modes de réinsertion que nous proposons aux enfants de notre centre, nous leur proposons deux formes de travail. Une des formes consiste à être formé et à travailler par l'intermédiaire de notre ONG. Concrètement, les jeunes ont une formation assez courte d'artisanat local pour la fabrication d'objets que nous vendons ensuite par l'intermédiaire de notre association. Les jeunes sont payés en fonction du nombre d'objets qu'ils ont réalisés. Ce mode de travail a été expérimenté depuis le début de notre action en 1999. Enfin, depuis peu, nous offrons une autre forme de travail qui répond à une réalité : certains enfants des rues ne souhaitent pas rejoindre les centres d'accueil et préfèrent rester dans la rue. Nous avons donc décidé de les aider où ils sont, c'est-à-dire dans la rue, en leur proposant de débuter des petits commerces ambulants qui leur permettent de ne pas avoir recours à des activités illégales, de subvenir à leurs besoins, et de diminuer leur consommation de solvants et des autres drogues car ils doivent avoir l'esprit clair pour que leur commerce leur rapporte quelque chose. Cette deuxième sorte de travail est pour nous une nouveauté car elle n'est expérimentée que depuis deux mois, cependant les premiers résultats sont assez encourageants.


La Fondation Félix Deschamps à Yaoundé nous a adressé une synthèse de l'étude qu'elle a présentée au Ministère de l'Emploi du Cameroun :

"Le trafic d'enfants est présent chez nous au Cameroun. Il y a trois sortes de trafiquants : les promoteurs (ceux qui font les placements d'enfants pour qu'ils travaillent), les démarcheurs qui sont les intermédiaires, et les utilisateurs. Les enfants des rues sont victimes de ces trafics. Les filles des rues utilisent également les enfants : leur travail consiste à leur trouver des clients à partir de 22 heures jusqu'au petit matin pour un salaire de 75 euros par jour (...). Six enfants de 11 à 13 ans nous ont affirmé avoir parfois des rapports sexuels avec ces filles en compensation de leur travail. Ceci nous a conduit à élaborer un projet de prévention MST/sida enfant des rues (...). Certains enfants ont été "placés" depuis leur pays d'origine. Nous en avons rencontré six, âgés de 9 à 12 ans, utilisés pour le petit commerce. Les recettes sont versées à leur utilisateur en fin de journée. La rémunération que devrait toucher l'enfant n'est autre chose que son hébergement."

   

Fondation Félix Deschamps
Yaoundé
CAMEROUN
ffelixdeschamps@yahoo.fr



"La question du travail des enfants est complexe et généralement embrouillée par des confusions et des images venues d’ailleurs, plaquées sur des réalités différentes avec souvent plus de passion que de rigueur dans l’analyse.

Pour schématiser, il faut être clair sur trois points :

1. L’âge des enfants : la situation est évidemment différente si l’enfant a 7, 12 ou 17 ans, bien qu’il soit toujours juridiquement un enfant.

2. Le statut de ces enfants : "de la rue" ou "dans la rue" ? Les enfant dans la rue y travaillent dans le but d’y gagner de l’argent. (...) Mais ils ne sont pas en rupture avec leur famille, même si certains d’entre eux vivent isolés de leurs parents qu’ils retrouvent au village avec le plus possible d’argent.
L’enfant de la rue (en rupture affective avec ses parents) doit gagner de l’argent tous les jours pour survivre, de façon licite ou non. Il est rare que l’on puisse mendier au-delà de 10 ans car alors on ne fait plus pitié, mais peur. Ensuite, on exerce des activités variées dont les grands évincent les petits si elles sont rentables (gardien de voiture, porteur, guide, etc.). La distinction entre légal/illégal, moral/immoral n’a pour eux aucune pertinence. Seules comptent la rentabilité et la peur du gendarme. Rares sont les enfants des rues qui ne volent pas et, plus ils grandissent dans la rue, plus leurs activités deviennent illicites : vols avec violence, trafic de drogue, racket sur les plus petits, ... Est-ce du "travail" ?
Les conditions de vie dans la rue interdisent, de fait, les métiers qui exigent du matériel (boîte à cirage, stock de cartes postales) qui, tôt ou tard, sera volé (ou leur recette). Il est exceptionnel que des enfants puissent exercer ces métiers durablement. Prétendre les aider en leur donnant du matériel pour qu’ils puissent gagner honnêtement leur vie, c’est de la poudre aux yeux. La seule aide valable pour les enfants de la rue, c’est de leur permettre de sortir de la rue.
Les liens entre le travail dans la rue et le basculement dans la vie de la rue existent. (…) Ils sont différents selon qu’on les observe en Amérique latine ou en Afrique en raison du niveau de la dégradation sociale et de son ancienneté. (…)

3. Le vrai problème n’est pas le travail mais l’exploitation des enfants. (...) La question à poser est : à qui profite le travail de l’enfant ? À lui, s’il apprend un métier et prépare ainsi son avenir. Il y a exploitation si le bénéfice du travail de l’enfant lui échappe au profit de son patron. (...) L’enfant exploité sacrifie son avenir car il ne se forme en rien. Un enfant au travail c’est deux adultes au chômage : son père dont il prend la place en acceptant un salaire inférieur, et lui-même quand il deviendra adulte et qu’on le remplacera par un enfant.

L’exploitation des enfants est inacceptable. Mais elle n’est qu’un sous-produit de l’exploitation des adultes et ne peut être combattu qu’avec cette dernière. De même qu’il est totalement illusoire de prétendre promouvoir les droits des enfants quand ceux des adultes ne sont pas respectés."


"Des centaines d’enfants chiffonniers travaillent dans Howra et ses alentours, beaucoup d’entre eux ont moins de 5 ans. (...) L’enfant chiffonnier est le plus triste de tous les enfants des rues. Fouillant sans cesse les rebus de la société, il a une très mauvaise opinion de lui-même. Ayant perdu le respect de lui-même et toute confiance en lui, il croit qu’il n’arrivera jamais à rien alors qu’il participe, avec ses semblables, au recyclage d’au moins 75% des ordures et fournit de nombreux services à la communauté. Ils sont roulés et exploités par ceux qui leur achètent leur collecte en la sous-payant.

Afin de leur donner du poids dans leur transaction et leur redonner confiance dans la justice, Ashalayam a ouvert un entrepôt où les collectes quotidiennes des enfants sont rassemblées afin de les vendre directement aux entreprises de recyclage au juste prix. Cette expérience a bien marché et les enfants en tirent profit. (...) Au cours de la réunion mensuelle organisée par Ashalayam pour les enfants des rues, Hindustan Petroleum a offert aux enfants chiffonniers 150 casquettes, 150 paires de gants et 150 paires de bottes en caoutchouc, ce qui leur permettra de rester plus propres et en meilleure santé. Mais surtout cette action a donné une sorte de dignité à leur travail et leur a fait prendre conscience, à travers les discours et les discussions, que, par leur activité, ils contribuaient à la vie de la société et rendaient un grand service à l’environnement.

Ashalayam a développé des programmes de formation professionnelle qui doivent être rentables. L’un des derniers ateliers créés concerne la menuiserie. La formation comprend cinq directions : technologie et dessins pour savoir dresser des plans, connaissance des outils et des essences, menuiserie proprement dite (tenons / mortaise), tournage, sculpture ornementale. Un diplôme est délivré à la fin des études. Les commandes de l’extérieur arrivent peu à peu, par exemple, 47 bancs et des chaises pour une école. Trois sur les six élèves de la première promotion ont très vite trouvé du travail."

   

Don Bosco Ashalayam
158/18 Belilious Road
711 101 Howrah
INDIA
+ 91 33 2643 5037
+ 91 33 2643 9296
dbasha@vsnl.com
www.ashalayam.org



Enda a publié, il y a déjà quelque temps, une étude sur "Les petites bonnes à Dakar". Les foyers sénégalais seraient les plus grands pourvoyeurs d’emplois. Le métier de domestique occupe plus de 88 000 personnes. Les conditions de travail sont très dures : "Nous sommes debout du matin au soir, sans répit, avec beaucoup de corvées et de difficultés. Nous bénéficions rarement des jours de fête, nous subissons des injustices, nous gagnons peu d’argent. Nous ignorons nos droits, mais nous savons qui nous sommes."

   

Enda Tiers Monde
4 & 5, rue Jaques Bugnicourt ex Kléber
B.P. 3370
Dakar
SÉNÉGAL
+ 221 842 82 50
+ 221 822 26 95
enda@enda.sn
www.enda.sn

Les Cahiers du Bureau Social Urbain (Kigali, RWANDA) ont également publié une abondante étude sur "Les domestiques de maison à Kigali". Pour en prendre connaissance, écrire à  avsikli@imul.com.


VECED évoque un "travail" très particulier : celui des enfants soldats.

"Après 9 ans de crises politiques, les belligérants ont besoin de plus en plus d'effectif. C'est pourquoi ils recrutent des enfants soldats : il y en aurait environ 14 000. Certains mineurs sont enrôlés officiellement dans l'armée nationale, d'autres sont utilisés comme "doriyas" ou comme gardiens de la paix.
Des enfants de moins de 18 ans se font enrôler comme "doriyas " en trafiquant les documents. (...) Ils vivent avec les militaires chargés de la sécurité en leur rendant service. Ils sont initiés au nettoyage des armes, accompagnent les militaires au cours d'opérations, et servent de porteurs d'armes et de munition, ou d'espions. Certains d'entre eux finissent par intégrer l'armée régulière.
Les jeunes gardiens de la paix constituent une force para-militaire organisée par le gouvernement pour protéger les citoyens contre les attaques de la rebellion. Tout jeune garçon apte physiquement qui ne va pas à l'école et n'a pas d'occupation régulière est concerné par ce recrutement. Les enfants de parents riches ne sont pas recrutés, si leur père donne de l'argent aux recruteurs.
Les rebelles ont recruté des jeunes de moins de 18 ans, enrôlés volontairement ou enlevés lors d'attaques dans les écoles ou sur les collines.
Des actions préventives sont menées par les autorités locales, les responsables religieux et des organisations communautaires auprès des chefs rebelles. On cherche à développer la scolarisation des enfants et des activités lucratives pour les familles.
La réintégration est soutenue par des actions de sensibilisation des communautés (tolérance et cohabitation pacifique), d'assistance psychologique des enfants, de l'appui à la réintégration à l'école, de la formation professionnelle, de l'assistance aux familles en cas de retour de l'enfant, de l'aide à l'insertion professionnelle pour les démobilisés."

   

VECED
Bujumbura
RÉPUBLIQUE DU BURUNDI
veced2000@yahoo.fr



Les enfants qui travaillent se font souvent voler leur recette ou leurs économies. CPCS a créé une banque de dépôts à laquelle les enfants peuvent confier leur argent. Plus de 250 enfants des rues y ont maintenant un compte.

   

CPCS
G.P.O Box 8975
EPC 5173
Dillibazar
Katmandou
NÉPAL
+ 977 1 4414394 ou 4429897
international@cpcs-nepal.org
www.cpcs-nepal.org

Le journal La Croix cite également une Banque des enfants des rues à New Delhi. Les plus âgés peuvent bénéficier de micro-crédits pour développer une activité. Ceux qui réussissent à économiser reçoivent des intérêts de 10%. Un jeune a été élu par ses camarades pour administrer la banque.


"Après tout un processus d'analyse et d'accompagnement, on a pu se rendre compte qu'un enfant des rues est un enfant travailleur capable de se rendre utile et de prendre en mains sa destinée. On a alors commencé par des actions très simples comme l'élevage de poules aux foyers où ils habitent. (...)
En janvier 1997, l'OPDE a mis en route un projet pilote d'élevage de 600 poules pondeuses dans ses trois foyers d'accueil. Cette phase expérimentale a posé beaucoup de problèmes mais son résultat a finalement été très positif. Après cet essai, le projet a été étendu à 1 000 poules pondeuses. Il contribue efficacement à l'amélioration de la ration alimentaire des enfants. Il a permis de les former aux différentes techniques d'élevage et aux différentes méthodes de gestion et d'entreprenariat. (...)
Grâce à ce projet nous avons pu soutenir d'autres micro-projets en faveur des enfants les plus déshérités dont la coupe/couture pour les filles, la réfection du refuge pour les enfants des rues, le projet forge artisanale et son appui logistique."

   

OPDE Burundi
B.P. 4260
RÉPUBLIQUE DU BURUNDI
+ 257 22 78 93 ou 21 81 48
+ 257 21 33 54
OPDE.Burundi@opde.org
www.opde.org



  • Centre Notre-Dame de Clairvaux - Don Bosco - Antananarivo, MADAGASCAR ( flash - mars 2004)

"Tous les jeunes qui ont quitté le Centre l'an passé ont trouvé du travail. Mais ont-ils eu la persévérance d'y rester, cela reste à vérifier."

   

Centre Notre-Dame de Clairvaux - Don Bosco
B.P. 41-105 Ivato Aéroport
Antananarivo
MADAGASCAR
+ 261 22 440 73
cndc.sdb@wanadoo.mg



  • Les Trois Quarts du Monde, association de soutien de Solo para Mujeres - GUATEMALA

"Le Guatemala va mal. (...) Les enfants payent le plus lourd tribut. Selon l'organisation internationale du travail, le travail réalisé par des enfants dans le secteur informel représente 20% du PIB du Guatemala. (...) L'Etat leur consacre des ressources dérisoires, il n'y a donc pas de programmes adaptés, pas de personnel qualifié mais surtout pas de volonté politique. (…)"

   

Les Trois Quarts du Monde
45, rue Richelieu
75001 Paris
FRANCE
+ 33 1 40 20 44 88
+ 33 1 40 20 44 89
tqm.apascal@wanadoo.fr
www.lestroisquartsdumonde.org



  • Action Autonomie Avenir (AAA) - Katmandou, NÉPAL

AAA a une démarche particulière puisqu'elle demande aux autorités locales de leur accorder la tutelle légale des enfants. Elle en a déjà adopté 94 et, parmi eux, 26 garçons et filles ont maintenant plus de 18 ans. Ils doivent pouvoir épargner pour pouvoir cotiser à leur "sécurité sociale". Afin de les aider à trouver un emploi, AAA paye leur futur employeur éventuel pendant 6 mois de stage de formation. Les "anciens" enseignent à lire aux plus jeunes. AAA étudie l'idée de créer une fondation assurant la pérénité du financement de chaque enfant nouveau jusqu'à sa majorité et pose la question de savoir si l'on pourrait envisager la création d'un fonds de solidarité mutuelle au sein du REPER. AAA cherche des coopérants venant enseigner au Népal différents métiers.

   

Action Autonomie Avenir
Katmandou
NÉPAL

Créée le 27 juin 2005 - Mise à jour le 1er janvier 2007